Béninoise de sang et marseillaise de cœur, la cheffe Georgiana Viou (et finaliste de l’émission «Masterchef» en 2010) nous offre un aller simple direction Cotonou à travers son second livre de recettes publié aux Éditions Ducasse (1). Elle y rend un vibrant hommage à la ville qui l’a vu grandir. À mi-chemin entre traditions familiales et street-food, elle nous partage les meilleures recettes de son enfance qu’elle accompagne d’un sublime panel de photos prises au Bénin. Rencontre.

Madame Figaro. – D’où vient cette idée de rassembler les recettes de votre enfance dans un livre ?
Georgiana Viou. – 
Elle me trottait dans la tête depuis très longtemps. À mon arrivée en France pour mes études, j’ai commencé à beaucoup cuisiner et j’appelais souvent ma mère pour qu’elle me guide. J’avais envie de reproduire les recettes de famille, je trouvais dommage de ne pas les avoir à l’écrit. Mais ma mère me répondait que notre tradition culinaire se transmettait à l’oral et par le geste. Au décès de ma grand-mère, il y a une quinzaine d’années, j’ai pris conscience du temps qui passe et de l’importance d’aller au bout de ce projet. Quand l’an dernier le président Macron a lancé «l’année de l’Afrique» (la Saison Africa2020, NDLR), je me suis dit que le timing était peut-être enfin le bon.

Quand la cuisine a-t-elle fait son entrée dans votre vie ?
Très tôt. Ma grand-mère avait une importante société d’import-export, elle recevait beaucoup de partenaires, de clients… de grands repas étaient toujours organisés à la maison. Ma grand-mère a d’ailleurs toujours mis un point d’honneur à ce que tous ses enfants et petits-enfants sachent cuisiner. Chez elle, la cuisine n’avait pas de genre, c’était l’affaire de toute sa famille.

Comment êtes-vous passée de passionnée à cheffe ?
Tout a commencé par un concours de cuisine amateur, suggéré par un ami, il y a une dizaine d’années. J’ai toujours aimé cuisiner, mais c’était la première fois de ma vie que je mettais un pied dans le monde professionnel. À la base, j’étais partie pour être interprète de conférence mais les événements de la vie m’ont obligée à arrêter en maîtrise. C’est assez naturellement je me suis demandée pourquoi ne pas plutôt embrasser ma passion. Puis ce même ami m’a embarqué dans l’émission «Masterchef», de laquelle je suis sortie finaliste. J’ai ensuite enchaîné les stages dans des maisons à Paris et je suis revenue à Marseille. Très vite, j’ai acheté un atelier de cuisine dans lequel je proposais une formule chaque jour et le bouche-à-oreille a fait son effet pendant trois ans. J’ai pu ouvrir mon restaurant, gagner des prix, signer la carte d’établissements, voyager un peu partout dans le monde pour des festivals…

Comment définiriez-vous votre signature ?
Oh, je déteste ce mot ! (Rires.) Ma cuisine, elle marche comme la vie : elle n’est pas figée, elle est en mouvement constant. Certes, les saisons rythment mes plats, mais je fonctionne surtout au gré de mes envies. Je vais ainsi travailler un produit et le décliner à toutes les sauces, puis je vais passer à autre chose. Donc plus qu’une signature, je parlerais plutôt d’une cuisine du cœur, instinctive. Elle se crée aussi bien sûr en fonction des gens que je rencontre, de ce que je vais trouver au marché, de mes voyages, des souvenirs que je vais avoir envie de retrouver dans mes plats… Ça a même été difficile pour moi d’écrire un livre de recettes, car moi-même je ne les suis jamais. J’essaie de capter l’état d’esprit d’un cuisinier plutôt que les ingrédients qu’il utilise.

La cuisine à Marseille, ça vous inspire quoi ?
Le Bénin ! La première fois que je suis arrivée dans cette ville, j’ai tout de suite eu l’impression d’être chez moi. On est au bord de l’eau, donc on a tous les produits de la mer, et c’est un port alors les influences se mélangent beaucoup. Il y a une atmosphère très méditerranéenne, presque orientale. Je m’y suis très vite sentie à l’aise. Et surtout c’est une cuisine très riche, tout ne tourne pas autour de la bouillabaisse.

Finalement, que représente ce livre pour vous ?Mon amour pour le Bénin. Je ne suis pas une cheffe spécialisée en cuisine béninoise, mais il me tenait à cœur de laisser une trace de mon pays. On a la chance d’avoir une histoire extraordinaire et une cuisine qui mérite d’être connue, ce n’est pas juste un bout de manioc avec du piment. Il y a beaucoup de préjugés sur la cuisine des pays d’Afrique alors qu’il y a une vraie diversité, et plus encore au Bénin. Les livres de cuisine africaine portent souvent sur l’Afrique en général mais pas sur un pays en particulier, et c’est regrettable. Pour ma part par exemple, j’ai récolté plus de 150 recettes mais j’aurais pu en ajouter encore plus. Évidemment, j’aimerais que les gens fassent mes recettes mais ce que j’adorerais surtout, c’est que ce livre donne envie d’acheter un billet d’avion pour Cotonou. Croyez-moi, y aller, c’est encore mieux que d’acheter les ingrédients en France !

(Source : Madame Figaro)